• Stephen King, un auteur que j'affectionne

    Stephen King est un des premiers auteurs auquel j'ai commencé à m'interesser. Je n'avais pas de prédilection jusqu'alors. Ma tante posssédait déjà une belle bibliothèque à l'époque et j'ai choisi "Cujo" pour me tenir compagnie avant de m'endormir. Cujo est le nom d'un gros chien (un St Bernard) tout à fait sociable qui, manque de pot, attrape la rage et terrorise une famille. Tout se passe comme un huis clos autour du chien qui séquestre malgré lui de braves gens dans une maison. C'est sûr, King aurait pu écrire sur un caniche, mais ça n'aurait pas eu le même impact!

    credit photo: www.elbakin.net

    Plus tard, j'ai beaucoup aimé "la peau sur les os" qui évoque le calvaire d'un homme touché par un sort gitan, et qui a donné lieu à un film, comme nombres des textes de King (ce film était réussi, ce qui n'est pas le cas de tous!), ou encore "Shawshank", l'histoire du comptable emprisonné à tort qui s'évade de façon ingénieuse ("les évadés"), et puis "Salem" qui met en scène des vampires immoraux. Bref, l'oeuvre de cet auteur est trop vaste pour en faire le tour mais toujours très bien écrit et pas toujours monstrueux!

    Extrait de "Différentes saisons" :

    Parce que des types comme nous, Red, on sait qu'il y a une troisième voie. Entre rester blanc comme neige et se vautrer dans la boue. C'est le choix que font les adultes du monde entier. On évalue le trajet dans la porcherie d'après ce que ça nous rapporte. On choisit le moindre de nos maux et on essaye de ne pas perdre de vue ses bonnes intentions. Et je suppose qu'on sait où on en est si on arrive à dormir la nuit.. et d'après les rêves qu'on fait.

    J'ai remué plus de souvenirs que je n'aurais cru possible. Ecrire sur soi-même ressemble beaucoup au geste de plonger un bâton dans une rivière limpide pour en remuer la boue du fond. 

    Extrait de "Shawshank" (les évadés):

    Certains oiseaux ne sont pas faits pour être mis en cage, c'est tout. Leurs plumes sont trop colorées, leur chant trop libre et trop beau. Alors on les laisse partir, ou bien ils s'envolent quand on ouvre la cage pour les nourrir. Une part de vous, celle qui savait au départ qu'il était mal de les emprisonner, se réjouit, mais l'endroit où vous vivez se retrouve après son départ d'autant plus triste et vide.

    Extrait de "le corps":

    Ce qu'il y a de plus important, c'est le plus difficile à dire. Des choses dont on finit par avoir honte, parce que les mots ne leur rendent pas justice. Les mots rapetissent des pensées qui semblaient sans limites, et elles ne sont qu'à hauteur d'Homme quand on finit par les exprimer. Mais c'est plus encore, n'est-ce-pas? Ce qu'il y a de plus important se trouve trop près du plus secret de notre coeur et indique ce trésor enfoui à nos ennemis, ceux qui n'aimeraient rien tant que de le dérober. On peut en venir à révéler ce qui nous coûte le plus à dire, et voir seulement les gens nous regarder d'un drôle d'air, sans comprendre ce que nous avons dit ou pourquoi nous y attachons tant d'importance que nous avons failli pleurer en le disant. C'est ce qu'il y a de pire, je trouve. Quand le secret reste prisonnier en soi non pas faute de pouvoir l'exprimer mais faute d'une oreille qui nous entende.

    Les choses les plus importantes sont les plus difficiles à dire, les mots les amoindrissent. Il est difficile de faire en sorte que des inconnus s'intéressent aux bons moments de votre vie. 

    La parole détruit les fonctions de l'amour me semble-t-il. Qu'un écrivain dise ça peut paraître énorme, mais je crois que c'est vrai. Ouvrez la bouche pour dire à un cerf que vous ne lui voulez aucun mal et vous le voyez filer avec un bref coup de queue. Le mot fait mal. L'amour n'est pas ce que des trouducs de poètes comme Mc Kuen veulent vous faire croire. L'amour a des dents et ses morsures ne guérissent jamais. Aucun mot, aucune combinaison de mots, ne peut refermer ces morsures de l'amour. C'est l'inverse qui est vrai, ironiquement. Quand ces blessures cicatrisent, ce sont les mots qui meurent.

    J'y suis allé à cause des ombres que nous avons toujours derrière les yeux, ce que Bruce Springsteen appelle "les ténèbres à la lisière des villes" dans une de ses chansons, et à un moment ou à un autre, je crois que nous voulons tous défier ces ténèbres malgré ces corps brinquebalants que Dieu nous a donné, à nous, pauvres humains. Non, pas malgré ces corps mais grâce à eux.

    Je l'ai regardé, muet de terreur. Il m'a sourit, mais d'un sourire éteint, horrible, qui n'atteignait pas ses yeux.

    Tes amis te tirent vers le bas, Gordie. Tu ne le sais pas? (...) Tes amis. Comme des types qui se noient et qui se cramponnent à tes jambes. Tu ne peux pas les sauver. Tu peux seulement te noyer avec eux.

    Les amis entrent et sortent de votre vie comme des serveurs de restaurant.

     

    Extraits de "Histoire de Lisey" (ajoutés le 13/02/2011):


    "Chut, ferme les yeux." Ca, c'était sa voix à elle, mais c'était
    quasiment sa voix à lui, une excellente imitation, alors Lisey ferma les yeux et sentit les premières larmes, chaudes, presque réconfortantes, filtrer sous la frange de ses cils. Il y a quantité de choses qu'on ne vous dit pas sur la mort, avait-elle découvert, et l'une des plus importantes, c'est le temps que prennent les êtres que tu aimes le plus pour mourir dans ton coeur."

    "Peut-être était-ce vrai, et peut-être pas, mais pour le moment, elle avait intérêt à négocier cette étape comme elle avait négocié l'escalier: tête baissée et une marche à la fois."

    "C'est alors que Lisey sent la faible contraction de sa main sur la sienne. C'est quasi imperceptible, mais il est son amour et elle le sent. Par-dessus les plis de l'africaine jaune, ses yeux regardent encore fixement l'écran de télé éteint mais oui, sa main est en train de presser la sienne. Comme une sorte de pression longue distance, et pourquoi pas? Il est très loin, même si son corps est ici, et là où il est, il se peut qu'il presse sa main de toutes ses forces."


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